jeudi 5 mai 2011
Le piano dans la vitrine
jeudi 28 avril 2011
L’arrivée
jeudi 31 mars 2011
Prêt à porter
jeudi 17 mars 2011
Il est 5 heures
jeudi 10 mars 2011
Lune d’hiver
jeudi 3 mars 2011
Premières loges
jeudi 24 février 2011
Fenêtres sur rue
jeudi 17 février 2011
Le cœur buissonnier
jeudi 10 février 2011
Agenda double
jeudi 3 février 2011
Les migrations
jeudi 20 janvier 2011
Small talks
jeudi 16 décembre 2010
Le balcon
jeudi 2 décembre 2010
Fausse piste
J’étais entré dans le bistrot de la gare pour un café. Elle était juchée sur un tabouret de bar, dans une robe légère pour la saison, et à 8 h du matin tenait entre ses doigts un verre à vin, vide. Elle jouait avec le verre en jetant des coups d’œil à l’énorme pendule au-dessus de la porte battante. Je commandai et, tirant une cigarette que je n’allumai pas, suivais les mouvements de sa nuque sous les petits cheveux coupés court. Soudain elle se laissa glisser du tabouret, fit tomber une pièce sur le comptoir et prit la sortie sur la rue, découvrant à côté du verre une petite tasse à expresso. Je finis précipitamment mon café brûlant, fis signe au serveur que je revenais et poussai la porte battante. Sur le terre-plein, un bus refermait ses portes sur sa silhouette rendue imprécise par la vitre teintée. Derrière le bar, le serveur laconique essuyait le verre à vin.
jeudi 21 octobre 2010
Quai à quai

Je lui avais donné rendez-vous quai de Loire. Elle m’attendait sur le quai d’en face, son téléphone fourré au fond de son sac en mode silencieux. Elle se promenait devant l’entrée du cinéma; je reconnaissais son pas nonchalant, devinais son expression évaporée, de celle qui ne veut pas avoir l’air d’attendre. Je finis par sauter à pieds joints au bord de l’eau pour attirer son attention. Elle me fit un petit signe et grimpa prestement dans la navette fluviale qui partait. Elle se posta à l’avant, s’appuyant des deux mains au bastingage pour se perdre dans la contemplation du canal moiré par le crépuscule. On aurait dit que d’un instant à l’autre, le vent du large se levant, elle allait porter sa main gantée de blanc à son chapeau, et se pencher par dessus la barrière sur les flots noirs de l’océan qu’elle s’apprêtait à traverser, du pont d’un transatlantique, 1920. J’entendais même la corne de brume. Elle sauta à terre avec enthousiasme.
- Vous avez fait bonne traversée ?
- Agitée, la nourriture était détestable et nous avons affreusement dormi.
Sa main à mon bras, nous sommes entrés dans le cinéma.
texte Eugénie Rambaud
jeudi 14 octobre 2010
Poste restante

Tous les matins elle venait au café écrire une carte postale. Elle s’installait près de la vitre et commandait un Earl Grey. Je la voyais qui promenait des yeux rêveurs sur l’avenue de Friedland à travers la vapeur du thé brûlant. Vers 10h30, la camionnette du facteur la tirait de son hébétude. Elle griffonnait quelque chose à la hâte, ramassait ses affaires et se précipitait dans la rue. Ce matin-là, elle était partie depuis quelques minutes quand j’ai trouvé la carte sur la table. C’était une vue de la ville prise depuis l’Arc de Triomphe; au dos, un nom, une adresse, un timbre. « Inutile de revenir ». La fille n’est pas revenue, et j’ai gardé la carte postale.
texte Eugénie Rambaud
mercredi 6 octobre 2010
That’s all jazz

La nuit expirait dans une épaisse brume de chaleur. Le pianiste du Jazz Café, en sueur, a plaqué un ultime accord vibrant dans le silence recouvré. Elle avait dansé toute la nuit, semant veste, sac, chaussures. Au dernier tintement de cymbale elle s’est écartée de son partenaire, clignant des yeux dans la lumière brutale des plafonniers. Pendant qu’il cherchait ses affaires sous les chaises, elle a monté pieds nus l’escalier étroit. Sur le trottoir, l’air frais lui a saisi les chevilles. Un regard furtif jeté à la porte du bar, elle s’est éloignée, en Cendrillon des temps modernes qui du bal rentrerait à pied, son unique chaussure à la main.
texte Eugénie Rambaud
jeudi 30 septembre 2010
De l’autre côté

De retour du Vieux Continent, Peter Goldberg, seul dans son appartement de Soho insalubre et surchauffé, fait défiler ses photos de vacances sur l’écran de son ordinateur. Souvenirs de villes européennes, beaucoup de bâtiments modernes (Peter est architecte). Mais une tâche verte et or surgit au milieu de la jungle de béton et de tôle. Un jardin ou un square, comme il y en a tant à Paris. Un plan large sur les allées désertes, les parterres sagement fleuris, le tapis de feuilles mortes et une silhouette qui semble sortir d’un bois. Il ne se souvient pas de ce cliché, moins encore de cette jeune fille qu’on distingue juste assez pour chercher à en savoir plus. Une de ces Parisiennes effrontée qui glisse sur votre regard comme sur une patinoire, tire sur sa cigarette en fermant les yeux, ne sourit jamais et part en laissant l’empreinte brûlante de ses doigts sur votre bras…
Peter soupire, zoome sur la silhouette et regarde par la fenêtre tandis qu’apparaît sur l’écran, en gros plan pixellisé, le visage de sa voisine de palier.
texte Eugénie Rambaud














