jeudi 27 janvier 2011
Instantané
jeudi 9 décembre 2010
Première neige
jeudi 25 novembre 2010
Dans le creux de l’oreille
jeudi 11 novembre 2010
Sous un chapeau de paille

Sous un chapeau de paille, un joli minois blond, une bouche vermeille qui ne sait dire que non et des épaules frêles que le rire secoue. Ma Parisienne est un modèle du genre têtu. Je l’ai trouvée assise sur un banc dans la rue, le nez piqueté de tâches de soleil sous la paille de son chapeau. Avec mon appareil photo et mon plan de métro, j’avais tellement l’air de ce que j’étais qu’elle a cru que je me moquais d’elle ; puis elle a proposé de me servir de guide. Elle a couru devant moi sur ses jambes de sauterelles. Elle a posé à côté d’une colonne Wagram, recueilli dans sa paume un peu de l’eau glacée d’une fontaine, chassé les pigeons du parvis de l’Opéra, refusé de monter dans la grande roue des Tuileries, pris les sens interdits à vélo ; au milieu du Pont-Neuf elle m’a laissé sa main, sur le Pont des Arts elle m’a donné ses lèvres.
Le chapeau de paille est accroché à la fenêtre de ma chambre d’hôtel. Dans le ciel nacré d’octobre, le clocher de l’église Saint-Germain sonne l’heure. Ma Parisienne s’en fout ; elle dort, la main droite posée sur l’oreiller. Je dépose un baiser sur chacun de ses doigts repliés, et ses cils frémissent comme les ailes d’un papillon sur le point de s’envoler.
texte Eugénie Rambaud
jeudi 4 novembre 2010
jeudi 5 août 2010
Pluie d’été

L’averse avait précipité les passants sous les porches et dans les cafés qui bordent la place de l’Opéra. Elle gravissait les dernières marches du métro en regardant le ciel. Un type l’a bousculée en dévalant l’escalier, la tête couverte d’un journal qui déteignait sur le col de sa chemise. A la dernière marche, elle a déployé un parapluie noir et resserré sous son abri bras et jambes qu’une robe d’été ne couvrait pas. La brutalité de l’orage avait vidé les Grands Boulevards. L’eau rebondissait sur le bitume, mouillant ses orteils nus dans leurs escarpins bleus.
Surgissant du boulevard de l’Opéra, un cycliste est passé devant elle, lentement. Sa chemise blanche lui collait au corps. D’un geste machinal il a essuyé la pluie que ses cheveux faisaient couler dans ses yeux. Elle a suivi du regard la silhouette qui slalomait sous le rideau opaque. Un coup de tonnerre a déchiré le silence sur les boulevards déserts. Un petit chien sans collier, sorti du métro, s’est assis à ses pieds. Il pleuvait toujours.
texte Eugénie Rambaud





