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mardi 2 mars 2010

Alerte




Un couple traverse le jardin des Tuileries. Lui : écharpe et veste orange, pantalon écossais, une guitare, des lunettes de soleil. Une femme se serre à son bras. Élancée, menue, une robe courte, des bottes longues, les cheveux attachés à la va-vite au-dessus de la nuque, une Parisienne. Elégante, racée, arrogante. De ses yeux mi-clos, les lèvres frémissant d’un sourire fantôme, elle guette. Posée au bras de cet homme comme un oiseau sur un épouvantail, elle vibre d’une vie insolente. Vous ne vous souviendrez pas du tissu de sa robe, mais du balancement de ses hanches qui en retrousse les plis. Vous ne saurez dire qu’elle était la couleur de ses cheveux, mais sentirez longtemps après son passage le frôlement des mèches sur ses joues. Ses doigts jouent sur le velours de la veste, la paume glisse. En les regardant passer, l’envie vous prend soudain de taper dans vos mains. Pour la voir s’envoler, comme la volée de moineaux qui pépiaient à vos pieds sur le gravier.


texte Eugénie Rambaud




mercredi 16 décembre 2009

Gracile



Elle a choisi la robe pour la ligne que, de la nuque aux épaules et le long des bras, elle dénude, et frissonne dans l’air du soir. Elle songe au chemin à faire pour rentrer. Les yeux fixés sur le visage aux cils baissés, elle sent que son corps se détache, se creuse ; mais la nuque est droite. Et comme les épaules s’écartent, la hanche frémit. De la main il effleure son poignet, l’ourlet de sa robe. Sous l’indolence, un vertige. Elle soupire, sourit, hausse les épaules, captive et désinvolte. Et la nuit s’achèvera, indigo nacré, dans la chute soyeuse d’un morceau de tissu rouge au pied du canapé.

texte Eugénie Rambaud