mercredi 21 avril 2010

La promeneuse du Palais-Royal


On l’appelait la promeneuse du Palais-Royal. Tous les jours à la même heure, elle longeait les grilles du jardin, précédée par un fin lévrier. Le trottinement du chien l’annonçait en premier, puis le claquement sec de ses talons sur le pavé. Clic clac, clic clac. « Vous l’entendez ? » Clic clac, clic clac et le tintement léger d’une clochette. « Vous la voyez ? » Pas encore. Mais sous les arcades se détachent avec netteté l’écho de son pas et le grelot qui l’accompagne. Soudain tout se précipite. Un pied d’abord, gainé de noir glissé dans un haut écrin rose, puis un mollet, un genou, une cuisse, une jambe qui semble ne pas devoir finir. Une seconde, aussi longue, aussi noire, le reste du corps en prolongement de cet élan, un buste, des bras sans doute, une nuque, des cheveux coupés très courts, clic clac en trois enjambées sur les traces du lévrier elle disparaît derrière un pilier. « Vous l’avez vue ? » Vous hochez la tête en guettant la grille, espérant, vaguement. Sur votre rétine s’est imprimé un trait de nylon noir, et le scintillement bleuté de

ses yeux – à moins que ce ne soit le collier du chien.

texte Eugénie Rambaud

lundi 22 mars 2010

La fugitive


« Lilas ? » On étouffe dans cette pièce. Au premier étage du musée, les fenêtres sont fermées. Où est passée Lilas ? Ça fait un moment qu’elle n’est plus à son bras, pesant de tout le poids de son ennui. Elle a gardé ses lunettes de soleil et s’approche dangereusement d’une statue pour en déchiffrer le nom. « On ne touche pas, mademoiselle ! » « Je ne touche pas, mais on n’y voit rien », marmonne-t-elle. Ses ballerines glissent sur le parquet avec un bruit feutré. « Fugit amor », lit-il sur l’étiquette.

« Par ici, s’il vous plaît. » La conférencière lui jette un regard absent et oriente les visiteurs vers la pièce voisine. Au rez-de-chaussée, pas de Lilas dans le vestibule désert. Pas de garde non plus. Il passe une paume rêveuse sur une cuisse de femme, lisse et fraîche, un petit pied qui tient en entier dans sa main. Lilas à la porte du jardin fait claquer sa robe dans un courant d’air. Il s’avance sans qu’elle l’entende. Le vent court sur sa nuque docile de jeune fille, ses épaules fines, son dos nu. De sa main ballante s’échappe un foulard oublié. Et son visage paisible comme une eau dormante se trouble d’une rougeur dont elle gardera l’équivoque secret.


texte Eugénie Rambaud

mardi 2 mars 2010

Alerte




Un couple traverse le jardin des Tuileries. Lui : écharpe et veste orange, pantalon écossais, une guitare, des lunettes de soleil. Une femme se serre à son bras. Élancée, menue, une robe courte, des bottes longues, les cheveux attachés à la va-vite au-dessus de la nuque, une Parisienne. Elégante, racée, arrogante. De ses yeux mi-clos, les lèvres frémissant d’un sourire fantôme, elle guette. Posée au bras de cet homme comme un oiseau sur un épouvantail, elle vibre d’une vie insolente. Vous ne vous souviendrez pas du tissu de sa robe, mais du balancement de ses hanches qui en retrousse les plis. Vous ne saurez dire qu’elle était la couleur de ses cheveux, mais sentirez longtemps après son passage le frôlement des mèches sur ses joues. Ses doigts jouent sur le velours de la veste, la paume glisse. En les regardant passer, l’envie vous prend soudain de taper dans vos mains. Pour la voir s’envoler, comme la volée de moineaux qui pépiaient à vos pieds sur le gravier.


texte Eugénie Rambaud




lundi 15 février 2010

Clarins





Promenez-vous sur le site http://skininthecity.fr de Clarins, vous pouvez voir les illustrations de mes petites "nanas" en participant au jeu du petit puzzle ;-)

mercredi 3 février 2010



Le site de Marie Laurence Cattoire /Relations Presse,
une collaboration très sympa! www.cattoire.com

mercredi 16 décembre 2009

Gracile



Elle a choisi la robe pour la ligne que, de la nuque aux épaules et le long des bras, elle dénude, et frissonne dans l’air du soir. Elle songe au chemin à faire pour rentrer. Les yeux fixés sur le visage aux cils baissés, elle sent que son corps se détache, se creuse ; mais la nuque est droite. Et comme les épaules s’écartent, la hanche frémit. De la main il effleure son poignet, l’ourlet de sa robe. Sous l’indolence, un vertige. Elle soupire, sourit, hausse les épaules, captive et désinvolte. Et la nuit s’achèvera, indigo nacré, dans la chute soyeuse d’un morceau de tissu rouge au pied du canapé.

texte Eugénie Rambaud

lundi 16 novembre 2009

Exquise

La Parisienne s’épuise en sourires entendus.

Elle vous arrête d’une main ferme qu’elle reprend ensuite lentement, comme à regret.

Elle a aimé : votre costume sombre, le pardessus flottant, la cravate sévère, la sacoche en cuir que pour prendre l’appareil photo qu’elle vous tend, vous avez lâchée sur le tapis de feuilles mortes.

Dans la précision avec laquelle elle se pose sur le rebord du muret – un pied au sol, l’avant-bras sur la cuisse – s’évanouit le bruit de la circulation, le rendez-vous de 9h30, le fond de la mallette qui prend l’eau à vos pieds.

Viseur, cadrage, zoom sur son visage et les ombres que la lumière automnale prise dans ses mèches de cheveux cendrés y dessine. Son sac est au sec sur le muret.

« Vous visitez la ville ? » demandez-vous en lui rendant l’appareil.

« Non, non, pas du tout. »

Un petit signe de la main et elle s’éloigne, cliquetant sur des talons très hauts au bout de bottes interminables.

9h30, matin d’octobre. L’heure du rendez-vous est passée.

texte Eugénie Rambaud

lundi 2 novembre 2009

ahhh la Grèce

Aujourd'hui premier novembre... il pleut...
je pense à mon dernier voyage en Grèce...